336 cassettes : Les coulisses de la création d'Abbey Road
Mister Melody


QUand le support devient maître
Pour Abbey Road, je n'ai rien choisi. C'est la cassette qui a parlé. Quatre panneaux de 80x80 cm. 336 boîtiers alignés comme une équation. Dans mon travail, l'objet n'est jamais un simple ornement; c'est l'étalon, la règle, le squelette de l'œuvre.
Archéologie dominicale
Ces cassettes ne sortent pas d'un carton Amazon. Je les ai chassées, dimanche après dimanche, dans la poussière des brocantes et l'odeur de naphtaline des greniers. Chaque fois que j'en saisis une, je lis les inscriptions griffonnées à la main, les titres délavés. Et là, ce petit pincement au cœur : est-ce que j'ai le droit d'effacer ça ?
Parfois, j'ai l'impression de commettre un meurtre doux; réduire au silence une voix enregistrée il y a quarante ans. Alors je trie. Les pépites, je les épargne. Le reste ? Je le sacrifie pour qu'il renaisse en icône immortelle. La variété oubliée devient Beatles éternel.
L'enfer se cache dans les engrenages
Derrière l'éclat du Pop Art, il y a des heures de chirurgie minutieuse. Décoller 336 étiquettes qui refusent de mourir, agrippées comme si elles défendaient leur dernière trace d'existence. Vider chaque cassette de ses entrailles magnétiques, à la main, bobine après bobine. Un rituel hypnotique, presque monastique. Sans ça, l'œuvre s'écroulerait sous son propre poids.
Zéro pardon
Travailler avec des cassettes, c'est composer sur un damier implacable. Un millimètre de travers et tout bascule. Un engrenage mal placé sur une pupille, et c'est le regard entier qui s'éteint. J'ai déjà dû refaire un portrait pour ce genre de détail. Sur Abbey Road, chaque cassette est une note. Si une seule sonne faux, c'est toute la symphonie qui déraille.
