L’Art du Son : Comment la Musique Influence la Créativité Visuelle

Avant de commencer une œuvre, je dois connaître l'artiste. Sa vie, ses choix, ce qu'il a traversé. Pour DJ Mehdi, un documentaire a tourné en boucle trois mois chez moi. Ce n'est pas de la méthode, c'est une nécessité.; parce que ce que je cherche à figer sur des cassettes, ce n'est pas un visage, c'est une trajectoire.

portrait de dj mehdi mister melody art sur cassette audio
portrait de dj mehdi mister melody art sur cassette audio

Comment je choisis mes sujets : la musique comme déclencheur

Je ne choisis pas un artiste parce qu'il est connu. Je le choisis parce qu'il m'a touché, par son parcours, ce qu'il a construit, ce qu'il a laissé. DJ Mehdi par exemple. Un gamin qui ne pouvait pas se payer un sampler alors il l'a fabriqué. Il a transformé le rap français puis l'électro, à une époque où personne ne faisait le pont entre les deux. Et puis cette trajectoire qui monte, qui monte, et qui s'arrête trop tôt. Quand je l'ai mis sur des cassettes, ce n'était pas pour illustrer sa discographie. C'était pour dire que ce genre de parcours mérite de rester visible: pas dans un livre, pas dans un documentaire mais sur un mur, dans un salon, tous les jours.

Connaître l'artiste avant de toucher une cassette

Avant de commencer une œuvre, je me documente, vraiment. Je regarde tout ce qui existe: interviews, documentaires, archives. Pour DJ Mehdi, un documentaire YouTube a tourné en boucle pendant trois mois chez moi. Ma femme commençait à perdre patience. Ce n'est pas de la méthode. C'est une nécessité. Je ne peux pas mettre quelqu'un sur des cassettes sans connaître sa vie comme si je la vivais. Le pochoir capte un visage mais ce que je cherche à figer c'est autre chose: une énergie, une cohérence entre ce que l'artiste a vécu et ce qu'il a produit. Pour ça, il faut savoir. Il faut avoir regardé, lu, écouté jusqu'à ce que ça devienne familier. C'est probablement ce que les gens sentent devant ces portraits sans savoir pourquoi. Il y a quelque chose dedans qui dépasse la ressemblance physique.

Le format suit le sujet

Pour DJ Mehdi, neuf cassettes. Pas plus, pas moins. Ce n'est pas une décision abstraite, c'est le sujet qui dicte le format. La taille d'une œuvre, le nombre de boîtiers, la densité de la composition, tout ça se décide en fonction de ce que l'artiste représente et de ce que je veux transmettre. Une icône mondiale comme Bowie peut demander des centaines de cassettes réparties sur plusieurs panneaux. Un artiste comme DJ Mehdi, dont la puissance est dans la précision et l'économie de moyens, trouve sa juste mesure dans quelque chose de plus concentré: Neuf cassettes, un regard et une œuvre qui tient dans les mains avant de tenir sur un mur.

Ce que les gens achètent vraiment

Quand quelqu'un acquiert un de ces portraits, c'est rarement que pour la déco, c'est parce qu'ils sont fans, parce que cet artiste a compté dans leur vie et parce que la cassette audio fait partie de leur jeunesse; cet objet qu'ils ont tenu dans leurs mains, qu'ils ont enregistré, retourné, rembobiné avec un crayon. La cassette crée un double lien émotionnel. Elle renvoie à l'artiste représenté et en même temps à une époque, à une façon d'écouter la musique qui n'existe plus. Les gens qui achètent ces œuvres ne cherchent pas à posséder un objet décoratif, ils cherchent à garder quelque chose qui aurait pu disparaître. C'est ça le vrai déclencheur pour moi aussi, pas le style musical, pas la notoriété mais la trajectoire humaine derrière l'artiste. Ce qu'il a surmonté, ce qu'il a inventé, ce qu'il a laissé malgré lui. La cassette audio n'est pas un hasard dans ce contexte. C'est un objet qui disparaît lui aussi, qui s'use, qui se tait. Mettre DJ Mehdi sur des cassettes vintage, c'est mettre une histoire fragile sur un support fragile. Et transformer les deux en quelque chose qui dure.

C'est comme ça que je choisis mes sujets, pas avec la tête, mais avec ce que la musique a fait à un moment précis de ma vie.