Le pochoir sur cassettes audio : technique, contraintes et apprentissage

Le pochoir sur un mur ou une toile, c'est une chose. Sur des cassettes audio assemblées, c'est autre chose. Le support n'est pas plat, chaque engrenage est un piège, et un mauvais centrage peut ruiner des heures de travail. Voici comment je travaille et ce que j'ai appris seul.

debbie harry calling
debbie harry calling

Le pochoir sur cassettes audio : technique, contraintes et apprentissage

Le pochoir est une technique ancienne. Des murs de Pompéi aux rues de Bristol, il a traversé les siècles sans vraiment changer dans son principe: un masque découpé, de la peinture, une surface, simple, en théorie. En pratique, tout dépend de la surface. Travailler sur des cassettes audio assemblées, ce n'est pas travailler sur une toile ou un mur. La cassette est un support technique, pas plat. Elle a des reliefs, des engrenages, des retraits. Chaque boîtier est légèrement différent des autres. Quand tu assembles neuf, trente, ou 336 cassettes pour composer un portrait, tu travailles sur une topographie, pas sur une surface. Ça change tout à la technique du pochoir.

Le matériau du pochoir

Pour qu'un pochoir épouse ce type de surface, il faut quelque chose de fin, de souple, qui suive les reliefs sans se décoller ni laisser passer la peinture là où elle ne doit pas aller. J'utilise des rouleaux de feuille blanche très fine. Pas du mylar rigide, pas du carton, quelque chose qui s'adapte. C'est un détail qui paraît anodin, mais il ne l'est pas. Un pochoir trop rigide sur une cassette, c'est des bords qui se soulèvent, de la peinture qui migre, un portrait raté.

Les couches

Un portrait sur cassettes peut demander quelques couches ou des dizaines. Ça dépend du sujet, du niveau de détail, de la lumière que je veux obtenir. Il n'y a pas de règle fixe. Chaque nouvelle couche affine, précise, donne de la profondeur. Et chaque couche est un risque; un glissement, une pression mal dosée, et c'est l'ensemble qui bascule. C'est pour ça que le temps de séchage entre les couches n'est pas négociable. Vouloir aller vite sur un portrait multicouches, c'est le meilleur moyen de tout recommencer.

L'erreur qui fout tout en l'air

Il y en a une qui revient. Un mauvais centrage du visage sur les engrenages de la cassette. Sur un support plat, centrer un visage c'est une question de mesure. Sur des cassettes assemblées, les engrenages sont là, visibles, au milieu du boîtier. Si un œil tombe sur un engrenage, si la bouche est coupée par un relief mal anticipé, le regard entier s'éteint. Le portrait perd sa force d'un seul coup. J'ai refait des œuvres entières pour ce genre de détail, pas par perfectionnisme, parce que ça ne fonctionnait tout simplement pas.

Comment j'ai appris

Je n'ai pas suivi de formation. J'ai appris seul, en épuisant des documentaires, en lisant une bibliothèque de livres artistiques qui s'est construite au fil des années. Et en ratant, beaucoup au début, moins maintenant, mais ça arrive encore. Ce mode d'apprentissage a un avantage: il n'y a pas de mauvaise méthode héritée d'un professeur. Tout ce que je fais, je l'ai testé, abandonné ou gardé parce que ça marchait sur ce support précis, pas sur une toile théorique. L'inconvénient, c'est qu'il n'y a personne à appeler quand quelque chose ne fonctionne pas. On cherche, on recommence, on trouve.

Ce que le pochoir apporte sur ce support

Le pochoir sur cassettes crée une tension visuelle que d'autres techniques n'ont pas. Le trait net du pochoir contre la texture mécanique des boîtiers. Le visage humain posé sur un objet industriel. Cette contradiction est au cœur de ce que je cherche, quelque chose de précis sur quelque chose d'imparfait.

C'est peut-être pour ça que ça fonctionne.